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mardi, mars 17, 2009

Êtes-vous amortel?

« L’amortalité n’est pas un mot, c’est la journaliste Catherine Mayer qui l’a inventé. Elle fait référence à ce nouvel état d’esprit qui fait en sorte que l’âge physique n’a plus d’importance. De plus en plus, les gens vivent leur vie de la même façon qu’ils soient âgés de 20, 50 ou 80 ans. Ils s’habillent à peu près de la même manière, s’intéressent aux mêmes choses (livres, musique, voyages), se conduisent tous de façon semblable.

En d’autres mots, il n’y a plus les jeunes d’un côté et les vieux de l’autre. Il y a des gens avec leurs goûts, leurs intérêts, leur personnalité.

Certains diront que ce refus de vieillir trahit une profonde immaturité. » Bof! Plus j'avance dans mon temps imparti, mois l'immaturité m'est un reproche. Ça commence plutôt à s'apparenter à un compliment! Suivais-je la mode jeune, quand...

I'm a blog you're a blog kiss me!

And I'll turn into a scribe… suddenly!

Donne-moé des pinottes ,

J'm'en vas te transcrire de mes notes!

Pas de blague, voici des blogues à visiter et peut-être à prendre l'habitude de les lire.

Le tout récent Mémoires à l'ultraviolet sur un départ « chapeaux de roues ». Parce que tout neuf, il vaut le plaisir de commencer par la fin... Le tout premier billet. (Malheureusement, il transporte une page de spam à chaque visite. Laissons le temps au technicien de régler le sort à l'importun.)

.....00o0oo..o..

Franchement, il vaut "la peine" de fouiller les archives de ce blogue, autres mémoires ROM du cyberespace, devenu inactif :-(

Il était 26 juin 2006. Le blogueur écrivait...

Au bord de ma rivière, ici j'entends le courant de mes peines ...

Il était 31 décembre 2004. Le blogueur écrivait...

J'ai ouvert ce blogue le premier jour de janvier 2004 en pastichant Alain qui écrivait dans ses Propos sur le bonheur : « Agir, c'est oser. Penser, c'est oser. » En écrivant alors « Bloguer, c'est oser! », je n'aurais su mieux dire. Chaque jour, pour être fidèle au leitmotiv de ce blogue, il m'a fallu oser. Ce que je ne savais pas à ce moment et que je puis affirmer aujourd'hui, c'est que plus encore, bloguer, c'est créer des liens.

.....00o0oo..o..

Bloguevision

Un super blogue à trésors, à sourires, à lippes et à rire!

L'idée...

Il se dit tellement de choses importantes chez les blogueurs et blogueuses que je fréquente, aussi bien dans leurs billets que dans les commentaires qu'ils provoquent... Elles aboutissent malheureusement trop souvent aux oubliettes. L'idée de Bloguevision, c'est de m'arrêter certains jours et de noter au passage celles qui m'interpellent plus particulièrement au fil de mes lectures, de les marquer et d'y revenir éventuellement...

.....00o0oo..o..

Voici des gens de tête. L'exécutif pour qui rien n'est coi. Quoi font-ils? (simple clic!sur leur photo)

D'un lac de tête, de la tête d'une rivière. Sans la tête du metteur en scène, ÉditiQue SM, tout serait presque coi.

(Ce blogue missisquoi, un monument mégabyte, renferme une foule de trucsss pour développeurs de pages WEB. Konsledise.)

.....00o0oo..o..

« Bloguer, c'est oser! » écrivait-on plus haut. Alors je prends le risque de tout gâcher, de jeter votre belle humeur par terre. Encore une fois, il faut que je rationalise. C'est un défaut qui se défend pourtant. (Laissez, pour aujourd'hui, laissez de côté ce lien. Revenez-y un autre jour... J'observe le compteur de 'bonhommes' et mon égo s'aiguise.)

jeudi, juillet 10, 2008

Bienvenue « AUJOURD'HUI »

On aime encore se souvenir du temps du Collège Roussin et du Couvent d'en face. On aime le temps et ce qu'il a fait de nous.


Le temps qu'il fait sur mon pays
Je veux le dire me faut le dire
Le temps qu'il fait sur mon pays
Il faut le dire à mes amis

La journée, la soirée sur le bord du fleuve, face à l'île Beauregard, à Repentigny,
il fera ceci!

Si vous passez là par hasard
Et me jugez de menterie
Allez demander à la pie
Allez demander au renard
Cela se passe quelque part
Dedans les îles de la vie

Bienvenue « AUJOURD'HUI » au
710 Notre-Dame, Repentigny.

Si l'air vous dit, avec un petit lainage, on veillera
su'l'perron! (Aimée Sylvestre)


n.b. Quelques photos "Terrebonne, juillet 2007"? AA BB CC DD EE FF GG HH II JJ KK LL

p.s.

Un clin d'oeil à Gilles Vigneault.

mardi, juin 03, 2008

Des nonnes aux pommes.

La culture au ras des pâquerettes dans laquelle je baignais durant mon enfance m'a présenté toutes sortes de chapeaux de modestie, voilette ou pas, de capines et de collerettes. C'était au temps où, en entrant à l'église, le sexe féminin devait porter couvert! C'était au temps où chaque communauté de religieuses arborait un design particulier.

Soeur Sainte (déjà!) Berthe-de-l'Enfant-Jésus, c.n.d, soeur aussi de ma sainte mère, s'était amusée à répondre à mes questions d'enfant voulant savoir comment elle réussissait à fabriquer le si beau bien blanc pignon qui la coiffait et qui comprimait ses grosses joues toujours rougeaudes. Ce costume était la fine pointe de l'évolution de ce que portait la fondatrice de l'ordre, Marguerite Bourgeois.

Du côté de mon père, de sa parenté, des Soeurs de Ste-Anne au costume un plus plus modeste, partageaient certaines réunions de famille agrandie. Plus vaguement, je me rappelle l'allure des Soeurs Grises, de la Providence, de la Charité. Facilement, je revois encore entre deux nuages, soeur Volante et son équipe! L'habit faisait la nonne, précisait sa mission.

En partance pour la messe dominicale « en famille », ma mère, mes soeurs occupaient le miroir de sortie, faisant du coude-à-coude tout en ajustant de jolis chapeaux. Porter une coiffe à l'église était une marque de respect; ne pas en mettre aurait choqué. Tout comme l'habillement des religieuses, ce rite ne surprenait pas. Il en serait toujours ainsi... La contestation de ces us et coutumes ne germait pas encore.

C'était oublier le point de vue de monsieur Darwin.

Les ombres noires, capinées, n'évoluent plus sur les trottoirs de mon enfance. Le sexe féminin est maintenant à découvert dans ces églises plus froides qu'hier. Maintenant, prendre une marche sur les trottoirs de mon enfance, me met face à face à des musulmanes voilées trottinant légèrement un peu derrière leur mari souvent barbu accompagnés de beaux enfants québécois. Quand j'entre dans une mosquée, j'enlève mes souliers par respect, pour ne pas choquer...

Tout ça, monsieur Darwin, pour combien de temps? Les enfants sont-ils aussi heureux qu'au temps des nonnes?

Allez! Up! Je quitte en turlutant...

C’était au temps des pommes
Colin avait douze ans
Mais il faisait son homme
Comme un garçon d’vingt ans
Un jour avec Colette
La fille du voisin
...

dimanche, avril 27, 2008

De vos prochaines vacances??? Du bleu marin... à "la mousse aux fraises".

Le temps d'ici est à la vie partout, partout, partout. Le réchauffement de la planète s'est occupé de nos congères avec la rapidité de la surprise. Ma cours se prépare déjà à lancer le call de la tondeuse. Quelques grosses mouches écoeurantes, des araignées survivantes que je m'empresse d'occire, ce couple de marmottes qui invitera sa progéniture dans ma laitue frisée... Quand je vois le printemps de cet oeil, il me faut devenir borgne. Une heure d'un soir, je prends ce bateau ivre; je deviens cyclope jusqu'à m'en baisser la paupière. La vie partout me dérange de mon étal hivernal.

Bof! Je ne me fais pas peur. Le Canadien vient de perdre 4 à 2. La nuit ne portera pas au rêve. À 5h24, La Presse tournera la page, la une d'hier.

Il est 5h, duFleuve s'éveille. Déjà, en ce calendrier, l'horizon se définit en lumière d'aurore. La nuit est chavirée; j'ai retrouvé la vue.

L'outarde, le canard, bien des passereaux, le niveau d'eau riveraine, la jonquille, le narcisse, la presque tulipe. La vie partout. Ce qu'il fait beau!

D'espoir je vis. L'humanité est ainsi; l'atteinte du but est secondaire. Un rappel, l'espoir de la « mousse aux fraises » vient affadir mon déjeuner, mon yogourt 0%. Encore deux mois et les fraises de l'Île d'Orléans mousseront mon plat' yogourt! C'est connu, la fraise est à l'été, ce que le perce-neige est au printemps.

Plus que la vision binoculaire, mon troisième oeil me rappelle l'élan de Florian et le tout pour le tout dans « la mousse aux fraises » ( et les 5 commentaires!).

Relire ce billet me rappelle une promesse contenue dans les commentaires. Grâce à neurophilemichel qu'il vous faut connaître, je peux maintenant combler cet intérêt si vous l'avez... J'avais demandé à neurophilemichel de mettre en ligne « La Bute » de Georges Langford. IL L'A FAIT ce 21 avril.




Vous connaissez, comme connaître, les vagues des Îles? Georges les rythme et vous y berce. Sa diction, sur cette interprétation, est parfaite. À réécouter, le temps de savourer, à petite lampée ou en clin d'oeil, le sel de l'embrun qui le porte à vous dire son intime insularité.








Arrangez-vous pour qu'il fasse beau (1973, Gamma, GS-172). Thunder Bay; Derrière; Le frigidaire; La butte; La vieille brosse en Acadie; La coupe Stanley; Les pinces; Le cowboy dans la lune; Le 15 mai; Jos misère.



Vous qui avez tout vu, avez-vous vu les Îles-de-la-Madeleine? Quand on en sort, on pleure d'y retourner. Bonnes vacances "chez-nous". Écoutez la syrène Madeleine...

lundi, février 25, 2008

Rose comme rose des vents.

Avec une idée derrière la tête, je me suis amusé à retoucher aux mots de la chanson fétiche de Gilbert Bécaud, L'IMPORTANT. L'idée derrière est de donner un outil aux cellezéceux qui cherchent, qui cherchent à savoir ce qui s'est passé... Et peut-être voir venir...

Toi qui marches dans le vent
Seul dans la trop grande vie
Avec le cafard tranquille du passant
Toi qui n'a laissé tomber
Pour courir vers d'autres lunes
Pour courir d'autres foutaises
L'important...

L'important c'est la rose
Des vents

Toi, petit, que tes parents
Ont laissé seul sur la terre
Petit oiseau sans lumière, sans printemps
Dans ta veste de drap blanc
Il fait froid comme en Baie James
T'as le cœur comme en carême
Et pourtant...

L'important c'est la rose
Des vents

Toi pour qui, donnant-donnant
J'ai farci ces quelques lignes
Comme pour te faire un signe en passant
Dis à ton tour maintenant
Que la vie n'a d'importance
Que par une fleur qui danse
Sur le temps...

L'important c'est la rose
Des vents

Je te suggère de questionner la machine, la machine du temps passé. Rien de plus sérieux (parfois, je le suis). Voici un outil à questionner le monde.

Encore et encore, je suis ébaubis par le service Internet. Je ris nerveusement comme dans les premiers instants que j'utilisais ce cerveau. J'étais, j'étais fasciné par tant à la fois... « J'avais soif, et Internet m'a donné à boire... »

Voici la MACHINE! Bons voyages... Oui, il te faudra apprendre à conduire. Une fois au volant, tu iras plus loin que la belle Laurentie...

En sous-main, je te laisse avec l'historien de l'histoire, la FRISE. Une façon de donner un cadeau qui a de la mémoire...

jeudi, janvier 10, 2008

Revue 2007 - Accommodements-Religion-Denise Bombardier

Le doux temps probablement m'incite à sortir de mon hiberne- ment pour un petit surf sur l'actualité. L'annonce du
décès de Jacques Langlais me titille. Je le connaissais comme un inconditionnel militant de

l'interconfessionnel . De clic en clic je tombe sur "Année dérangeante" publié dans Le Devoir à la fin de décembre par Denise Bombardier.
Je ne suis pas un fan de Denise Bombardier, loin de là. Je m 'en confesse, son engrave au tréfonds de mes méninges est plutôt caricature de passion que de raison.
Probablement mû par une certaine malice ou par la délectation du plaisir sadique du guerrier qui fourbit ses armes, je survole son écrit.
Un paragraphe m'accroche.
"Quand on a grandi dans l'odeur des cierges et de l'encens, entouré de chants grégoriens, d'histoire sainte, de faute originelle et de péchés mortels, on demeure marqué dans sa sensibilité."

Une sensibilité à fleur de peau qui proviendrait d'un traumatisme mal scotomisé (*) tel est le diagnostique posé par Mme Bombardier sur le Québec en mal d'identité et en allergie radicale à tout ce qui a couleur ou odeur religieuse.

Cette analyse me fait l'effet d'un ULTRAVIOLET qui éclaire notre vécu collectif depuis les années 60 et disons même depuis 1956.

L'effet d'un petit courant à bas voltage qui secoue l'apathie et per ce la cécité provoquée par une sur-exposition aux éclairages les plus fracassants et les plus extravagants qui ces derniers temps on assailli nos pupilles.

C'est, connaissant votre appétit pour ces "nourritures célestes", que je vous sers cette référence.

Vos commentaires contribueront au mûrissement de cette fermentation. C'est ce que j'espère.

Florian

(*) Scotomiser : v. "(du grec skotos : obscurité) Evacuer de sa conscience un événement pénible, un souvenir traumatisant.

samedi, novembre 24, 2007

Un minimum de gratitude.

Ce matin, lisant « Lysiane Gagnon » de La Presse, j'ai eu un rappel du projet de Florian, « Ultra-Violet », un regard sur quelques décennies vécues.

Extrait de l'article de dame Gagnon.

« ... ayons un minimum de gratitude pour ceux et celles qui ont consacré leurs vies à instruire et soigner des générations de Québécois, à l'époque où l'État refusait d'assumer ses obligations! Reconnaissons au moins que c'est en partie grâce à ce clergé têtu et fidèle que nous parlons encore français. »

Pour lire l'intégralité du texte, Clic!


lundi, septembre 10, 2007

Identité divine vs identité civile



Ce 25 août 1945, sur le parquet de la grande allée de la chapelle du Mont-Sacré-Cœur à Granby sont étendus, inertes, couverts de noir, quarante-cinq corps de jeunes hommes coupés dans la fleur de l'âge. J’en fais partie.Le prêtre, portant un surplis en dentelles sur sa soutane noire, de son goupillon nous asperge d’eau bénite exactement comme il le fait régulièrement sur les dépouilles mortelles de chrétiens en partance pour le Grand Voyage. Puis, à coups réguliers d’encensoir il répand au-dessus de nos momies muettes l’encens fumant qui, s'élevant, nous introduira dans la société des célestes.

Par la vertu de l’eau baptismale, de mortels nous renaîtrons immortels, enfants de la terre des ténèbres, nous deviendrons des fils de lumière, parias et désoeuvrés, errant sur la place publique, nous sommes embauchés, toute compétence reconnue, ouvriers du Seigneur, marqués au sceau de l’identité divine.

Identité divine
Pendant un an, on nous apprendra le langage, les pensées, les attitudes et les obligations inhérentes à cette nouvelle identité. Par notre vœu de pauvreté nous devrons renoncer à la possession personnelle des biens matériels pour n’en garder que l’usufruit, « l’unicum necessarium », par la chasteté, coupant les liens terrestres, nous prendrons famille céleste, le vœu d’obéissance nous engagera à travailler à l’édification sur terre de la Cité de Dieu.

Déjà nous portons les signes de cette nouvelle identité. Comme à des roturiers promus on a changé et le nom et le titre d’identification : On devra désormais nous appeler «Révérend Frère » et non plus « Monsieur ».

Quelques jours avant cette métamorphose, nos têtes sont passées chez un coiffeur improvisé qui nous a appliqué la caractéristique coupe « rasibus » des moines.

Notre habit noir dira à tous que nous sommes morts à ce monde.

Les quatre rangs du cordon de laine noire qui ceint nos reins, ce sont les vertus théologales, nos cartes de compétence d’ouvriers de la vigne, le scapulaire signifiera notre protection (assurance) céleste, et le petit capuchon, bien que réduit pour des considérations pratiques, version d’œillère sur la bride d’un cheval, en assume la fonction : nous voiler les distractions terrestres et indiquer notre intention de garder le cap sur l’infini. (Alors que sur la Mer des Mots il convient d’avoir les yeux ouverts tout azimut. Autres lieux, autres moeurs)
C’est un tribunal ecclésiastique qui répondra de nous.

Un supérieur prendra pour nous les engagements appropriés, en déterminera la rémunération, la percevra et en disposera au service de la cause de Dieu.

Cette nouvelle identité, sacrée, ne fait aucun doute chez nos proches et est reconnue sans problème par la société québécoise. Dès le lendemain de la cérémonie, au parloir, mes frères et sœurs, d’abord médusés de silence, manifestent pour mon accoutrement et mon statut, une attention et peut-être une envie que je n’avais jamais connue d’eux.
Cinq ans plus tard, lors de mes dix jours de visite réglementaires dans la famille, je me sentirai chez moi comme un étranger. J'y vois pour la première fois les trois derniers de la famille arrivés après mon départ.

Je ne parle plus le même langage (je parle de « voiture » alors qu’ils parlent de « char ») et le matin au lieu d’aller tirer les vaches je vais à la messe…
À l’occasion de cette visite on s’est même cotisé pour m’offrir une montre de poche en or. Les Frères ne pouvaient alors porter une montre-bracelet parce que c’était jugé trop mondain pour des « religieux ».
Je fis pendant ces dix jours le tour de la famille. On était fier de me montrer comme un Saint Sacrement. Je ne savais quelle conversation tenir devant ces « mononcles » et ces « matantes » qui m’avaient vu en couches et en culotte courte, ni devant les cousins et surtout les cousines de mon âge. Une ambiguïté qui me torpillait les élans. Les dix jours passés j’étais heureux de retrouver mon monde « divin ».

Au Québec du temps, bien que les Frères aient été en divin, d’une coche inférieurs aux prêtres, on avait pour nous beaucoup de considération, ce qui accentuait notre sentiment d’être à part. On était en demande, Et toute la société, c’est du moins l’impression que j’avais alors, nous portait aux nues. Sans nous connaître on nous faisait confiance et on nous supposait toutes les compétences,… comme à Dieu.

Bref, être religieux au Québec avant les années 70 c’était faire partie d’une autre société, qu’on ne pouvait assimiler à la société civile. On avait beau nous dire et nous répéter que nous étions des citoyens à part entière, dans les faits notre discours se devait d’être « religiously correct » et on soupçonnait nos votes pipés par le supérieur.

S’accommoder entre identités différentes

Notre société d’appartenance principale, sans être incompatible à la civile n’en était pas assimilable. Cette situation n’était pas propre au Québec. Dans toutes les religions du monde et dans tous les temps de l’histoire de l’humanité, la consécration religieuse crée des êtres à part. C’est une question de nature. Il faut s’en accommoder.

Ces accommodements à travers les âges et selon les différentes concentrations religieuses ont pris toutes les couleurs du prisme. Dans la religion chrétienne, le côte-à-côte de l’humain et du divin est encore plus exigeant que dans d’autres religions à cause de l’incarnation. Le chrétien en effet n’est pas invité à quitter cette terre, lieu temporaire de son passage, mais à y bâtir la Cité de Dieu.

Pour faire une histoire courte, les chefs de l’Église ont d’abord compris leur vocation en termes de pouvoir. Il fallait assurer la suprématie du pouvoir religieux sur le pouvoir civil. Le pape sacrait les rois. Cet accommodement de subordination a été accepté tant bien que mal, de part et d’autre, de Constantin (325) à Philippe Le Bel (+1314)

Puis on passa au régime des concordats où chaque reconnaissance de pouvoir réciproque faisait l’objet de laborieuses discordes.

Avec le XXe siècle les accommodements se transportent sur le terrain des droits. Les religieux (L’Église) ont droit à certains privilèges et à certaines fonctions. Droit de propriété avec exemption de taxes, droit de culte, droit d’association.

On leur confie aussi certaines responsabilités d’état comme la tenue des registres civils, les actes de naissance, de mariage et de décès, l’enseignement primaire, secondaire et même supérieur.,,,Ce fut au Québec pour les religieux et les religieuses une période faste. On nous accordait même, sans trop rechigner, certains privilèges réservés à notre rang : exemption de taxes, d’enrôlement dans l’armée, mutation « diplomatique » quand la soupe devenait trop chaude… Il y avait de part et d’autre une complaisance de bon aloi devant des disparités même un peu flagrantes. Je me souviens que mon titre de Rev, inscrit sur mon permis de conduire a quelques fois biffé une contravention au code de la route. On se souvient aussi du Père Aquin, le « Bon Dieu en taxi » arrêté en état d’ébriété.


Une nouvelle identité québécoise

En 60, avec la révolution tranquille, les accommodements raisonnables entre le civil et le religieux deviennent des concessions raisonnables du religieux au civil. Avec un détachement exemplaire peut-être attribuable à une baisse des énergies, l’Église et les communautés religieuses cèdent leurs privilèges et leurs institutions souvent prestigieuses à un état en volonté de prendre toutes ses responsabilités.On accepte que le religieux, sur le terrain de la cité terrestre soit un citoyen comme les autres, sans distinction ni privilège de droit. Signe de cette reconnaissance, les religieux et les religieuses adoptent le costume civil. Ils oeuvrent dans les institutions de l’État soumis comme tout employé aux exigences des postes qu’ils occupent, à la concurrence qui y règne, aux associations professionnelles et syndicales en cours. Les religieux ne sont plus des êtres à part! Le levain divin doit opérer dans la pâte humaine en l’inspirant et non en la dominant. C’est la vérité de l’heure.


Ces concessions raisonnables faites par les religieux sont aussi inspirées alors par un renouvellement de la théologie à Vatican II qui promeut les valeurs de l’Incarnation et du service des hommes sur celles du service de Dieu et de la rédemption ex cathédra..

Et de la part de la société civile québécoise on se dit de plus en plus à l’aise et en tolérance ou presque vis-à-vis de ce qui est différent, voire même étrange. Le multiculturalisme donne ses fruits. On sourit aux Italiens et à leur pizza, on regarde le football avec un intérêt grandissant, les gens de couleur causent de moins en moins l’urticaire des peaux blanches …Les accommodements pour les distinctions ethniques, ça va, on digère.


Des accommodements déraisonnables

Mais quand la différence se fait religieuse, là les poils se dressent. Pourquoi? Pourquoi rouspète-t-on contre le kirpan à l’école ou contre le tapis de prière à la cabane à sucre, ou les mets cachères à la cafétéria de l’hôpital? Craint-on une recrudescence de la violence dans les écoles à cause de cette arme d’apparat? A-t-on peur que nos lieux de récréation bien identitaires soient transformés en mosquée ou une épidémie type aviaire causée par les rayons cachères de nos épiceries? Pas vraiment.

Craint-on que l’expansion des musulmans chez nous voile nos femmes et entraîne la faillite de nos magasins de mode? Tout de même!
Selon ma petite psychanalyse peut-être à courte vue on réagit ainsi parce qu’on a peur, une peur bleue, non raisonnable du viol, par des fanatismes religieux, de notre identité récemment mise à jour. Notre identité de canadien-français porteur d’eau avait raisonnablement bien composé avec l’identité religieuse catholique. Fréquentée depuis notre berceau, on s’y était habitué. Depuis 1960 de façon plus que raisonnable, voire même tranquille on s’est libéré des deux identités de souche pour renaître à une toute nouvelle identité, québécoise et laïque. On en est fiers comme un adolescent de sa majorité.



Alors que plusieurs sociétés se sont déchirées longtemps dans de coriaces luttes de religion, nous sans coup férir, on a créé notre état québécois, laïc avec le plus grand respect des options religieuses catholiques personnelles. Laïcité et respect des individus c’est le cœur ou tout proche du cœur de notre identité. On est généreux. On dit à tout immigrant « vous êtes bienvenu chez nous » Vos croyances et coutumes on les respecte en autant qu’elles n’exigent pas d’altérations à notre costume nouvellement taillé.


Venir sur nos places publiques avec des airs de droit ou de supériorité, y afficher vos institutions religieuses, ou pire, exiger qu’on modifie notre bâtisse pour faire place à vos briques sacrées ça, on ne le prend pas. Portez-chez vous les costumes que vous voudrez mais dans nos écoles il faut vous conformer aux règles vestimentaires établies.

Et, ce qui nous horripile encore plus c’est lorsque l’un des nôtres, par aplat-ventrisme, ou par peur de déplaire ou de perdre son job, ou de toucher au sacré, décide d’accommodements non requis, ça c’est nettement déraisonnable. S’abstenir.


Florian
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La semaine prochaine :Identité divine vs identité civile No 2 - Version féminine – Des vestales à la burka





Note :Appel à toutes!





Pour appuyer et prolonger ces réflexions sur la double identité religieuse et civile, version féminine, il serait impératif de lever le voile sur le vécu de ces nonnes ou ex-nonnes qui ont dû passer par la coupe de la chevelure, le revêtement de la bure, la soumission totale pour accéder au sanctuaire de l’identité sacrée? Et avec quels sentiments fait-on machine-arrière après avoir vécu dix , quinze ou vingt ans dans cette enceinte? La Mer des Mots vous est toute grande ouverte et nos yeux pour vous lire itou.

FJ



vendredi, septembre 07, 2007

L'aurore et ses martyres

L'entrée scolaire... ( C'est la rentrée. Tout le monde attend devant l'entrée. ) Rapidement, je remonte à ma première. J'entends d'abord la voix douce, chaude, présente, sans accent aigu du « bon frère Omer ». Le premier Frère du Sacré-Coeur de ma vie! Il ne me faisait pas peur, même tout de noir! Collège Roussin, 1949. Dix-huit ans plus tard, j'y ferai une autre rentrée scolaire; cette fois, à titre de titulaire d'une classe de grands.

(Cliquer sur l'image.)

Omer a été un spécialiste de la petite enfance. Sa classe était au rez de chaussé, coin sud. De grandes fenêtres, pas comme chez-nous, montraient la rue Notre-Dame, l'Église St-Enfant-Jésus et un chemin invitant au bord du fleuve... (C'est pas d'hier que...) À la cloche de la récréation de l'avant-midi, dans des gestes bien ordonnés, bien orchestrés, Omer prenait la grosse pomme du coin de son bureau. Ce qu'elle me semblait rouge et bonne, la grosse pomme du Frère Chanceux. Même que ma mère me chargeait parfois de lui apporter son fruit de paradis. D'un mouvement précautionneux, il nous dirigeait, en rang, aux toilettes et jusqu'à la sortie puis, l'éparpillement général en notes d'oiseaux de basse-court. Et là, parmi ses petits, le bon frère sortait un canif en âge d'une poche aussi profonde que la longueur de son bras, l'ouvrait sans peur de se couper et pelait sa bonne pomme... Il pratiquait la technique du pelage sans rupture! Émerveillement attendu dans le regard des tout-petits. Ses yeux, son sifflet, un geste de la main étaient nos clôtures dans cet immense terrain de baseball qui étendait son sol poussiéreux jusqu'aux rails formellement interdits. C'est une l'image qu'il me reste du CPE « omérique ».

Là où j'en suis en âge, je penche à me « statistiquer »! J'ai participé à 50 rentrées scolaires... J'étais pour avoir 43 ans quand j'ai laissé définitivement le banc de l'étudiant. Cette dernière sortie scolaire, en tant qu'étudiant, avait été enseignée par un philosophe belge dont le nom m'échappe mais non pas le titre de son cours: « analyse conceptuelle ». Ce brasse-neurones avait été une généreuse gâterie pour un mathématicien! J'avais réellement commencé à aimer la gymnastique intellectuelle au contact du Grand Maurice Desrochers (résident de Repentigny) et ses présentations d'algèbre et des travaux euclidiens. C.Q.F.D.

Maintenant, en ce vendredi après-midi, je pense à tous ces élèves, ces enseignants qui regardent fréquemment la cloche se traînant les aiguilles à pas de limace pour annoncer enfin le début de leur première fin de semaine...

En moins de temps qu'ils n'en imaginent maintenant, lundi-matin-tôt arrivera avec violence, cruauté et tyrannie. Comme encrier, l'inexorable de la vie, ils écriront une autre belle page de l'émotif roman « L'aurore et ses martyres ».

Tout passe. Tout.

... ooo 000 ooo ...

Une suite vous est promise. Le maire de Ste-Marceline y participera!

Pierre Bourgault et le 'coeur du XXe siècle'.

L'encre de la biographie de Pierre Bourgault n'est pas encore sèche. L'auteur, Jean-François Nadeau, est un proche voisin de Pierre Madore, à Cookshire-Eaton (Beau voisinage pour voir les paysages d'automne.) Noëlla et Pierre sont propriétaires de la maison où la famille Bourgault a été élevée. Les murs ayant des oreilles, ils en parlent encore...

Un extrait de la biographie.

« Il est de tous les changements sociaux à partir des années 60. À partir de sa propre personne, on a comme une loupe grossissante de tous les changements sociaux des 40 ou 50 dernières années. »

Je veux relier cet extrait avec un commentaire que j'écrivais à la suite d'un billet de Florian, soit, « Le coeur du XXe siècle. »

mardi, septembre 04, 2007

Bulletins chiffrés! De quoi je me mêle?





Quelque part au Québec avant le 26 mars :
Qu’est-ce qui vous achale en éducation?
Les bulletins… on comprend rien. On sait pas si y é bon ou pas bon!
On veut des bulletins avec des chiffres.
Des bulletins chiffrés? Oui! - Votez pour nous et et vous les aurez.

Et le premier ministre en personne, avec la ministre de l’éducation en décret, par-dessus les instances pédagogiques les plus chevronnées, annoncent qu’en septembre, toutes les écoles de la province auront le même bulletin « chiffré » comme dans l’temps.

Dans mon école du rang St-Alexandre on avait un diplôme après la septième année. Le diplôme affichait la mention « Succès » - « Distinction » « Grande distinction » « Très grande distinction » ou « Excellence » comme pour le baccalauréat è-arts.
Ces mentions servaient de cibles à la chasse aux vocations. Pour les filles, je ne sais à quoi ça servait.

À ce que je me souvienne, il n’y avait pas de bulletins scolaires durant les sept années du cours élémentaire. On passait à la tête ou à la queue lors de la récitation quotidienne des leçons. Le premier ou la première de chaque division recevait le prix d'excellence à la fin de l'année, le 24 juin, devant les commissaires et... le curé. En 8ième année, j’étais ou à la tête ou à la queue, on était deux dans cette division… Et comme l’autre était une fille, j’occupais plus souvent la queue que la tête.

Les dictées étaient corrigées sur place. Les fautes étaient comptées, mais je ne sais où allaient les points. Trop de fautes signifiait souvent des coups de règles sur les doigts.
Il fallait savoir par cœur ses tables d’addition et de multiplication, les dates de l’histoire sainte et de l’histoire du Canada, les capitales des provinces et des pays d’Europe et surtout les 508 réponses du catéchisme et ses prières, dont le « De profundis » en latin.

Si on ne le savait pas, il fallait l’apprendre à la maison et rester après la classe pour réciter la leçon manquée. Je revois les pénibles séances de récitation du De profundis auxquelles ma mère s’est astreinte plus d’une fois avant le départ pour l’école.
À la fin de l’année la maîtresse décidait si on montait de division ou pas. De toute façon on restait dans la même classe, celle du bas pendant quatre ans et dans celle du haut (les grands) pendant les trois ou quatre années suivantes. J’ai dû passer de la 2e A à la 2eB parce que, aux dires de l’inspecteur, j’étais trop jeune pour monter en troisième. Mon oncle, celui qui est Frère du Sacré-Cœur et qui aura 90 ans bientôt, est resté trois ans en septième année parce que à son école il n’y avait ni 8ième ni 9ième années. C’était l’apprentissage par immersion.

Devenu professeur à l’élémentaire, et aussi au secondaire, j’ai dû à tous les mois remplir un bulletin chiffré pour toutes les matières au programme.
Le bulletin devait être signé par les parents et, deux fois par année, il était remis en mains propres aux parents par l'instituteur. Sur ce bulletin on devait indiquer et le pourcentage et le rang. Et l’on devait compiler les résultats et des examens et des travaux quotidiens. C’était surtout la performance de l’élève face à son groupe qui était évaluée.
La création du Ministère de l’éducation en 1964 a mis du sérieux dans la formation pédagogique des enseignants. Faculté universitaire, la pédagogie s’est considérablement développée grâce à d’importantes recherches. Les nouveaux programmes de formation élémentaire et secondaire ont mis de l’avant un enseignement par objectifs. C’est par étapes bien définies et selon des méthodes plus précises que l’on accédait à la connaissance et à l’apprentissage des outils intellectuels. Ces méthodes ont généré des mesures d’évaluation appropriées que l’on doit codifier sur un bulletin complètement remanié.

À chaque période de l’année scolaire, il y en a 7, le professeur cote le progrès accompli par l’élève devant les objectifs de chaque discipline. Les chiffres 1-2-3-4 donnent la mesure de ce progrès – 1- Progresse facilement, 2- progresse bien … Le bilan de l’année est aussi coté sur quatre marches mais cette fois par la lettre R – R+ - RP et NR.


Au lieu de dresser un podium comme aux olympiques, le bulletin en vigueur ces dernières années, (cf l’exemple ci-joint,) ne fait pas le comput global des résultats obtenus par l’élève à des examens composés au pifomètre par le professeur et parfois par le Ministère. Ce bulletin ne compare pas les élèves entre eux, mais indique le progrès de chaque élève dans l’apprentissage des disciplines au programme.

Que des parents qui rêvent podium pour leur enfant soient dépaysés il n’y a là rien de surprenant. Mais que le système soit mauvais parce qu’on ne le comprend pas c’est un jugement primaire bizarre d'un politicien à moins que le flair électoral n’abolisse sa raison.

Il y a certes des retouches à faire surtout dans les libellés d’évaluation figurant au bulletin. Il revient aux spécialiste de corriger le tir non aux politiciens.

Ce bref rappel historique montre à quel point la récente l’intervention du gouvernement du Québec dans la gouverne de la pédagogie est démagogique, grossière et déplacée.
Autrefois en campagne électorale les candidats achetaient parfois des votes avec de l’asphalte ou du whisky. Aujourd’hui ils les achètent, au mépris des professionnels de l’enseignement, en dorlotant les résistance naturelles aux changements et en promettant ce qu’ils n’ont pas la compétence de donner. Les lynchages sur la place publique répondaient autrefois à la même dynamique.

Que l’État s’active à assurer et à promettre les meilleures conditions d’opération des écoles, de participations des parents aux apprentissages de leurs enfants, c’est son rôle. Qu’il aille fourrer son nez dans la pédagogie ou l’administration concrète d’une école c’est une aberration. Va-t-il dire aux chirurgiens comment tenir leur scalpel ou cadrer les reportages d’un journaliste, en déterminer la forme et la teneur?
Quant à y être, qu’on imprime des petits catéchismes jaunes ou rouges et qu’on remplace les profs par des répétiteurs et qu’on fasse l’évaluation par ordinateurs chronométrés qui gèrent les récompenses ou le nombre de coups de règles sur les doigts, mérités par des élèves-robots lorsqu,ils qui franchiront ou manqueront la ligne des 60% requis. Ce sera moins coûteux et tout le monde comprendra.

L’
évaluation est très liée à la pédagogie. Il appartient aux pédagogues en concertation avec les parents d’en définir les termes et les formes, pas au gouvernement d’un état, d’une ville ou d’une province. Pas même et surtout pas en campagne électorale. De quoi je me mêle?

Florian

vendredi, août 31, 2007

Plus jamais la guerre



Nous sommes le mardi 13 septembre 1939. Les pacages sont à sec. Pour compenser et empêcher les vaches de tarir, je dois démêler le foin de l’été et en servir aux vaches qu’on vient de finir de tirer.
Que je hais (pour j’aguis) cette tâche. La fourche à trois pics et à long manche
entre difficilement dans le foin entassé presque jusqu’au pignon dans la tasserie aménagée au-dessus de l’étable. Il faut s’y prendre à multiples essais de tous les côtés pour dégager des petites galettes de foin que l’on jette en bas. Souvent on n’en sort que quelques brins ou le paquet que la fourche prendrait est trop lourd.
Je travaille les dents serrées et l’esprit préoccupé.

Hier ma sœur Claire, cinq ans, a fait une crise. Elle s’est réfugiée en dessous du moulin à coudre, dans la cuisine d’hiver que nous n’occupions pas encore. Impossible de la sortir de là. Elle avait peur.
En fin de semaine, à la messe, des rumeurs de participation du Canada à la guerre déclenchée par Hitler circulaient, râflant toutes les attentions. Les huit postes de la ligne téléphonique du rang St-Alexandre étaient aux aguets.

La veille, vers six heures du soir, une sonnerie, qu’on n’avait pas pris le temps d’identifier
, (chez nous c’était trois grands et un petit coups) avait ouvert les huit cornets d’écoute du rang. La nouvelle, tombée drue comme un coup de tonnerre, était confirmée. Le 11 septembre, le Canada s’était allié aux anglais et aux français et avait déclaré la guerre à l’Allemagne.
Au souper on ne parlait que de cela. Les histoires de la guerre de 14 sont ressorties, toutes grasses des légendes qui les avaient entretenues. Elles étalaient sans retenue leurs horreurs sur la table de cuisine qui nous rassemblait après le train.
On parlait de polices qui venaient à l’improviste chercher les gens chez eux, de fuites et de séjours prolongés dans les bois environnants, de jeunes hommes qui s’étaient courageusement coupé un pouce ou une main à la hache pour être déclarés inaptes.
La guerre c’était aussi les bombes qui tombaient partout, mettant le feu aux maisons et aux bâtiments, les avions qui les lâchaient dans un vacarme infernal. Cette nuit, demain peut-être des nuées d'avions allemands, voleraient dans le ciel comme des sauterelles et laisseraient tomber lpartout leurs bombes de feu. Puis on supputait les chances ou les malchances qu’auraient nos cousins ou connaissances d’être appelés. Et le long voyage en mer pour aller porter la guerre aux vieux pays ou la supporter de nos vies…
Sonorités d’horreur. Ma sœur prit peur et en larmes alla se cacher sous le moulin à coudre de la cuisine d'hiver.
Pourquoi la guerre et comment l’arrêter. C’est ce qui me préoccupait en me battant contre le foin revêche. Tout à coup, je m’arrête, les deux mains au bout du manche de la fourche plantée à mes pieds…Eurêka me serais-je dit si j’avais alors connu Archimède. La guerre c’est une chicane comme nous en avons trop souvent entre frères et sœurs. On se chicane à la maison, ça se transporte à l’école, de là, village contre village, puis c’est le pays qui est en guerre et contre les autres pays. Au lieu des poings et des roches ce sont des bombes qu’ils se
garochent.
Ma décision est prise. Jamais plus je ne me chicanerai. Ainsi ce sera la tranquillité dans la famille, il n’y aura plus de batailles à l’école, ni de chicanes au village ni de guerre dans le monde. Je savoure ma trouvaille comme un bonbon qu’on aurait trouvé dans une tasserie de foin, au hasard des piquées de fourche.
Gonflé par cette décision, j’ai rapidement démêlé le foin qu’il fallait et un peu plus en pensant à la tâche du soir et j’ai vécu une journée ensoleillée par l’espoir. J’ai résisté à l’envie de talocher Berchmans (7 ans) qui me boudait et je n’ai surtout pas chiâlé « après » Yolande qui, un an de plus que moi, ne se gênait pas pour « faire sa boss ».
Je ne me souviens pas de l’effritement de ma résolution avant la fin de la journée ni les jours qui l’ont suivi. C’est parce que je me suis encore chicané par la suite que le téléphone à huit branches n’a jamais sonné pour annoncer la fin de la guerre et la paix dans le monde cette année là.
La nouvelle de la fin de cette guerre m’est parvenue plus tard, au noviciat, sous l’image du champignon atomique qui venait de signer la paix avec le Japon à Hiroshima et Nagasaki. Horreur sur horreur!
Quand je passe ce souvenir à l’ultraviolet, je crois déceler la continuité d’un fin courant entre le flash qui a illuminé tout mon être ce 13 septembre dans la tasserie et ma présente attitude incontournable et non négociable face à la guerre, face à toute guerre.

La guerre à St-Zéphyrin
Jusqu’en 39 la guerre ne figurait pas dans le ciel de mon enfance. On se chamaillait comme tout petit gars, frère rival dans une famille comportant de nombreux mâles. Mais je ne me souviens pas d’avoir joué à la guerre, de m’être fabriqué un fusil de bois ni d’avoir pratiqué la mitraillette en onomatopée. Le volant d’une auto nous fascinait et l’émission « Capitaine Bravo descendez » me faisait rêver avec ses vrombissements et ses exploits du haut du ciel. Je n’ai jamais joué au cowboy non plus, il n’y avait pas de fusil chez nous et mon héros de bandes dessinées, une espèce de Zorro masqué, dont j’ai oublié le nom, était un agent de la paix qui jouait de ses poings et de son agilité au service du journal de Québec, « L’Action catholique » que mon père achetait parfois le dimanche.

En septembre 39, le spectre de la guerre a occupé une bonne partie du ciel de mon enfance, comme un monstre aux contours dessinés par l’imaginaire, un monstre qui terrorisait les souvenirs, et qui hantait les rêves d’avenir que chaque mère fignolait pour ses enfants grandissant. Guerre sainte et guerre juste, étaient à St-Zéphirin, des termes incompatibles réservés aux citoyens d’une autre classe.
L
es Zouaves pontificaux qui, une fois par année, paradaient dans la grande allée avant la grand-messe, n’ont jamais réussi à amadouer ce monstre. Ces soldats, les seuls qui régnaient dans l'imagerie de St-Zéphirin, ne faisaient pas la guerre, ils étaient au service de Sa Sainteté le Pape.
En réalité, on a peu souffert de la guerre. La
conscription soumise avec des gants blancs en référendum par Mackenzie King en 1941, n’a pas levé beaucoup de soldats dans les campagnes. Les fils des cultivateurs surtout du Québec étaient moins menacés par l’enrôlement. Il fallait de bons bras pour faire les foins et les labours.
Les bons de rationnement créaient entre les femmes des liens de solidarité que par la suite, les timbres Gold Star vont remplacer comme instrument de solidarité féminines Cf. Les Belles sœurs de Michel Tremblay.
Les cultivateurs bénéficiaient pour leurs tra
cteurs de bons spéciaux (essence de couleur noire, qu’ils mettaient aussi à la dérobée dans leur auto) et étaient exemptés de beaucoup de mesures de rationnement.

Malgré ces ménagements, la résistance passive à la guerre et à la conscription était très forte. Les Canadiens français ont voté non au référendum sur la conscription alors que le reste du Canada votait oui à 79%.

On prenait plaisir à tricher le gouvernement et le récit de ces astuces figurait à notre palmarès anti-guerre, soigneusement mis à jour.

Ces résistances étaient soutenues par la politique et notamment par notre idole du temps, Henri Bourassa qui, avec son Devoir, lors de la première guerre mondiale, avait rallié une forte majorité de canadiens-français contre Borden et sa conscription.
Sous la table, c’était une autre guerre que menaient les canadiens-français. Une guerre contre les Anglais. Une guerre d’opposition aux politiques fédéralistes proposées par les anglophones et surtout par le parti conservateur, une guerre de fond, une guérilla à l’affût de toute escarmouche qui nous permettait de sauver la face suite à l’échec de 1837 ou de se dresser devant les multiples empiètements d’Ottawa sur nos droits de peuple fondateur. Notre guerre tonifiait notre identité de canadien-français catholique, menacée de toute part.

Voilà pourquoi, je crois, aujourd’hui, le cœur me lève quand on annonce à grand renfort le départ de jeunes québécois qui vont risquer leur vie au service de la guerre des conservateurs en Afghanistan, au profit de l’impérialisme américain et pour servir les intérêts des industriels impliqués dans la production d’armes ou dans la loto des pétrodollars.

Et je garde la conviction que mon intuition du 13 septembre 1939, épousée un peu p
lus tard par Gandhi et par Paul VI à l’ONU, est la seule qui vaille pour enrayer la guerre. La guerre ne prépare pas la paix mais la guerre. Si vis pacem para bellum est un leurre inventé par les stratèges catholiques pour consolider leur flirt avec le pouvoir. La paix vit de la paix, naît de la paix, non non de la guerre. L'oeuvre humanitaire en Afghanistan est un leurre pour remplir les goussets des pétrophiles!
Mon
icône qui m’ouvre le dossier de la guerre et de ses horreurs, c’est Claire en larmes sous le moulin à coudre dans la cuisine d’hiver ce 13 septembre 1939.
Florian
P. S.
La
guerre de 1914 a fait 8 millions de morts, en moyenne 900 soldats par jour en France. La guerre de 39, entre 50 et 60 millions. 69 canadiens ont laissé leur vie en Afghanistan! Pourquoi chiâler? Parce que c’est 69 de trop, parce que les oppositions à la guerre, à toute guerre gagnent du terrain. Il faut continuer la guerre à la guerre, jusqu’à ground 0.

lundi, août 27, 2007

Le coeur du xxième siècle

Le cœur du XXième siècle

Monique nous introduit au cœur de ce siècle.
Qu’est-ce que les historiens en retiendront? Je ne le sais. Il me plaît à penser que décléricalisation et sécularisation sont les deux gonds de la charnière de ce siècle. Le monde occidental pour le moins, semble avoir dans les années 60 à 80 franchi le seuil qui établit la démarcation entre un monde encore très marqué par les valeurs, l’organisation et le pouvoir religieux à un monde volontairement sécularisé et en processus rapide de désacralisation.

Les bastions les plus imprenables de cette civilisation judéo-chrétienne ont tour à tour et pendant une période de temps très courte (20 ans tout au plus) été pris avec une facilité étonnante. On peut penser, sans que l’ordre soit rigoureux, aux moyens de contraception, à l’avortement, la conception in vitro, l’indissolubilité du mariage, les relations pré-maritales, le costume religieux, les écoles catholiques, l’ouverture des commerces lors des fêtes religieuses, la liste de ces même fêtes légalement reconnues, la censure des films et des imprimés, le droit d’intervention de l’Église dans les conflits syndicaux … et la liste n’est sûrement pas exhaustive.

Au Québec ces modifications profondes de la société sont venues comme avec l’air du temps sans mobilisation importante, ni affrontements majeurs ni scission comme celles qui peuvent encore marquer la société américaine. L’Église par certains membres avant-guardistes de son clergé et par l’Action catholique a même pavé la voie à ces renouveaux. Les énoncés assez catégoriques venant du Magistère n’ont pas été soutenus avec vigueur par beaucoup de membres éminents du clergé. Le mouvement des femmes s’est plutôt concerté contre ou en critique musclée des dictats de l’Église surtout dans les domaines de la morale conjugale et matrimoniale. Le « Mouvement laïc de langue française » né dans le fracas a dû fermer ses portes, faute de combats.

Et est arrivé le concile Vatican II qui, avec ses bouffées d’air frais, aérait la Maison de Dieu. Depuis le concile de Trente en effet on étouffait dans la maison de Dieu. Tout y était contrôlé rigoureusement. Les hommes, par obligation d’état étaient au service de Dieu alors que l’incarnation si fondamentale au christianisme avait annoncé la Bonne Nouvelle d’un Dieu au service de l’homme et de son salut. Vatican II a réédité l’Évangile de la liberté et de la gratuité.
Il n’est pas surprenant que, dans ce contexte, des engagements pris devant Dieu et pour son service sur la base d’un destin qu’on qualifiait de privilégié (la vocation) aient été remis en question lorsque les valeurs de liberté et de gratuité sont apparues au palmarès des vertus humaines et chrétiennes.

Et ajoutez le fait que, du jour au lendemain ou presque, les institutions religieuses (collèges et hôpitaux) qui concrétisaient et motivaient les engagements quotidiens de ces religieux et religieuses sont démantelées et prises en charge par l’État. Le sentiment que le terrain glisse sous ses pas est très inconfortable. Il n’est pas étonnant qu’un grand nombre aient cherché leur voie sur des terrains plus solides.

En l’espace de cinq ans (entre 70 et 75), des statistiques pourraient le confirmer, il y a eu un nombre très important de « défroqué(e)s » au Québec et cela à des pourcentages semblables tant chez le clergé que dans les communautés de frères et de sœurs. Et cette sécularisation s’est faite sans violence ni acrimonie, comme l’eau qui se retire lentement suivant sa pente naturelle ou le fruit d’automne qui tombe à maturité.

À mon point de vue, tous les « Est-ce que » soulevés par Monique et repris par Jean ont une réponse commune et fondamentale quoique non exhaustive: les temps étaient mûrs, on est passé « tranquillement » dans le sens de sans violence, mais rapidement, d’une société cléricale ou très profondément marquée par les valeurs chrétiennes à une société laïque où la foi et tout son cortège d’institutions et de valeurs n’ont a plus pignon sur rue mais demeurent un choix personnel respecté, mais qui ne fait pas norme.
Quand je revois ce temps il me plaît de me rappeler avec quelle ardeur à l’intérieur des communautés, nous épousions les renouveaux qui surgissaient de partout, avec quelle paix et quelle sérénité la plupart que je connais ont pris et assumé « la grande décision » de quitter une communauté chérie pendant de longues années pour continuer les mêmes engagements dans un nouveau décor.
J’ai été aussi l’heureux témoin du sérieux et de l’ardeur que ces anciens religieux ont mis dans leur vie et leurs engagements séculiers. Jean et Monique ont été maire et mairesse de leur municipalité, d’autres ont pris des engagements dans les commissions scolaires, les hôpitaux, les partis politiques, les CLSC, l’animation de la pastorale paroissiale ou autre et que sais-je?

Et j’admire aussi les attitudes qui ont prévalu chez ceux qui sont restés et dans leur communauté et dans l’Église. Dans ces moments difficiles il y a eu à ma connaissance fort peu de mesquinerie et beaucoup de grandeur d’âme de part et d’autre. Le témoignage de Monique, quoique discret est sur ce point, est assez significatif. Partout où il y a de l’homme il y a de l’hommerie dit la caricature populaire mais ici, il y a eu des femmes et des hommes qui ont su bien faire les choses.

Jean pose deux questions importantes. Sans aucune prétention j’y apporte mon grain de sel de réponse comme si les questions m’étaient adressées personnellement.

Quel regard ai-je sur les années passées en communauté. Ces années me paraissent-elles contraignantes? Je réponds nettement, non, à cette question. Et je crois lire cette même réponse dans mon entourage d’anciens religieux et religieuses. Je me suis toujours senti privilégié d’appartenir et d’œuvrer dans cette communauté. Je l’ai quittée à regret mais sans amertume. Un peu j’imagine comme un jeune quitte le foyer familial pour passer à autre chose.

Quant au rejet massif de la religion par la majorité des québécois pendant cette période je dois dire que je n’y vois pas beaucoup de rapport avec notre crise identitaire. Ce rejet m’apparaît beaucoup plus comme le résultat d’un processus interne de la religion elle-même qui devait changer radicalement de forme et de discours pour s’incarner dans la pâte humaine en mouvance pour ne pas dire en transhumance. Jésus a dit on ne peut mettre de vin nouveau dans de vieilles outres, elles vont éclater. C’est ce qui est arrivé. La crise identitaire était probablement portée par la même énergie de transformation mais je ne crois pas qu’on puisse établir entre les deux un rapport de cause à effet. Il y a eu tout au plus concomitance ou « accommodement raisonnable » les deux voyageant dans le même bateau … sur une certaine mer de mots…

La sécularisation des religieuses et des religieux en 70 apparaît comme des battements importants du cœur du XX e siècle qui ont contribué grandement, du moins au Québec, à ouvrir une ère nouvelle à notre civilisation.

Florian


vendredi, août 24, 2007

Un simple commentaire

...risquerait de passer inaperçu. De la grande et noble visite trace et appuie une nouvelle orientation de ce blogue. Dame Monique Picard prend sa place tant attendue dans le projet embryonnaire de Florian, « ULTRAVIOLET ».

À titre de thuriféraire de La~~Mer~~des~~Mots, j'élève tout en haut de mes bras, ce bel encadrement chargé d'une digne lunule qui par son rayonnement, donnera beaucoup d'espérance à l'historien Jutras.

Chères lectrices, chers lecteurs, que votre éblouissement devant le courage et la force d'agir de cette Dame des Mots et de Mémoire vous incitent à faire de même. Vous avez pris plaisir à lire la prose de Monique; vous avez appris un peu de ce qui se passait à côté de vous. L'ULTRAVIOLET sera toujours gourmand d'histoires vécues et possiblement érodées et altérées par les effets du temps qui fuit.

Si vous ressentez le moindrement « un petit devoir de mémoire », allez, faites-donc! Il n'y a pas de gêne à se faire plaisir; il n'y a rien d'ostentatoire à monter pour un temps bref dans l'ostensoir! Oui, montrez-vous un peu...

Mille Mercis, Mille Bravos ma Généreuse Soeur et Dame Picard. Et encore, s'il vous plaît!

jeudi, août 23, 2007

Un grand crû sans l'étiquette

Toute la grande famille se retrouvait aux funérailles de tante Fabio, quatre-vingt-quinze ans, décédée au bout de son souffle, la semaine dernière.

Même si je ne suis pas particulièrement friand de ce genre de rituel je dois reconnaître qu’on y a apporté des modifications importantes et intelligentes.
Il n’y a plus ce noir dont l’intensité s’ajustait à l’importance du « client ». Plus non plus ce « Dies irae » en trémolo à induire chez les survivants une peur bleue de la mort toute en noir. Le glas funèbre au temps d’éternité n’a pas sonné et les porteurs n’ont plus l’allure des croque-morts au pas militaire mais sont d’humbles citoyens aux tempes grisonnantes, au service de la communauté.

Depuis un certain temps, c’est venu comme cela, comme une brume qui atténue toutes les aspérités, sans le tonitruer, je me dis non croyant. Les énoncés de l’étiquette catholique n’obtiennent plus mes amen. Je ne crois pas que Dieu est né un jour à Bethléem, qu’il est mort sur une
croix pour ressusciter le troisième jour. En conséquence je ne crois pas non plus que je vais ressusciter après ma mort ni retrouver comme récompense de mes bonnes actions ceux qui m’étaient chers dans la vie. Un cran de plus creux que André Malraux qui, trouvant que cela était si beau, souhaitait, sans y croire, que ce fut aussi vrai. Moi non. Je sais que le monde et la vie sont ainsi faits et je suis confortable là-dedans. Pas devant la mort mais devant la vie, devant ma vie qui se terminera par un point final.

Je ne dis pas que les funérailles de ma tante m’ont bouleversé l’âme. Cependant j’ai été touché par les différents temps de cette cérémonie. Je l’ai dégustée, lentement comme un bon vin qui nous réconcilie avec la vie.
Je ne suis pas spécialiste en rites funéraires mais je ne connais pas au monde de rites qui soient aussi efficaces que les rites catholiques, pourvu qu’ils soient bien exécutés, pour exorciser la mort, renouer les liens entre les vivants et nous relancer avec un nouvel élan à la conquête de notre vie.

L’une des principales raisons des rites funéraires c’est de permettre aux survivants de faire leur deuil de la personne qu’ils ont aimée. Ce fut fait avec quel tact! L’officiant avait pris soin de s’informer des principaux traits qui ont marqué la vie de ma tante. Il les a évoqués et comme dans un film en camaïeu aux teintes du passé et des souvenirs il a fait ressortir les traits les plus caractéristiques de la vie de ma tante. Tous la reconnaissaient mais elle appartenait déjà au passé. Ainsi, presqu’imperceptiblement, la coupure du temps s’est faite laissant intacts et même revigorés les liens qui nous unissaient à elle.

Les chants exécutés par quelques bénévoles redisaient en tonalités de paix les mots d’amour que chacun formulait dans son cœur. Ils répandaient en chacun la chaleur d’une vie qui avait été celle de ma tante et qui était celle souhaitée par tous, non celle d’un tonitruant au-delà de la mort.

À l’homélie, l’officiant fit de sobres commentaires du passage de l’Évangile judicieusement choisi où Jésus parle de préparer une place là où il va. Le mystère de l’au-delà est respecté dans son entier sans en forcer aucune porte.

Et à la communion avec des accolades bien senties, chacun était fier d’exprimer les liens qui l’unissait à tante Fabio et de repartir célébrer ensemble la vie qu’elle avait rayonnée avec tant de vigueur.

Un rite tout orienté non vers la mort à apprivoiser ou l’au-delà à percer mais un ensemble de gestes et de paroles, baume sur les plaies des survivants, tonique qui gonfle le goût de vivre, liens qui renoue les amitiés et fraternités établies.

Ce fut si intense que lorsqu’au crématoire on tira le rideau devant la tombe j’ai eu le réflexe d’applaudir comme l’on fait quand on ferme le rideau après la dernière scène. Je ne l’ai pas fait par pudeur, mais j’aurais dû, par vérité.

Les funérailles chrétiennes, un bon crû, mûri de longue date, que l’on verse bien dosé aux convives comme réconfort, sans les importuner avec les étiquettes de foi catholique.

Florian

LA GANDE DÉCISION

LA GRANDE DÉCISION

Septembre 1966.J'arrive au Couvent de la rue Rideau d'Ottawa tenu par les Soeurs de la Charité d'Ottawa (Soeurs Grises), afin d'y demeurer pendant que j'étudie à l'Université d'Ottawa dans le but d'obtenir mon baccalauréat en sciences infirmières. Je vivrai ici quatre années. C'est un très grand jour pour moi, car il y a longtemps que je désire faire ces études.

Je suis habillée comme toutes les religieuses du Couvent, car depuis 1951 je suis une Soeur de la Charité d'Ottawa. Après un an de postulat et un an de noviciat, je suis envoyée en mission au Sanatorium St-Laurent de Hull comme responsable des Laboratoires, compte tenu de mes quatre années d'expérience dans le domaine. N'ayant que ma 9e année d'études, je m'empresse tout en travaillant de poursuivre mes études de 11e et 12e année du Québec, ainsi que la 13e année d'Ontario. Après ces six ans de surmenage, je me retrouve hospitalisée à mon tour pendant un an au Sanatorium St-Laurent souffrant de pleurésie. Ce fut une année pénible mais en même temps enrichissante pour moi. Les longues heures de réflexion et de lecture m'ont appris a dire ``NON `` aux exigences exagérées de mes supérieures et de moi-même.
J'ai appris à mener une vie plus équilibrée.

Après un an et demi de convalescence, j'entre à l'École de Technologie Médicale de l'Hôpital General d'Ottawa pour deux ans. J'aurais préféré faire mon cours d'infirmière mais la communauté avait besoin de mes services dans ce domaine. Heureusement qu'après mon cours, je suis envoyée en mission dans le petit Hôpital de Buckingham où je côtoie davantage les malades.
Pendant mon passage a l'Hôpital Général d'Ottawa, j'ai eu la grande chance de vivre près de la Directrice de l'École des infirmières de l'Université d'Ottawa qui a bien compris mon désir de devenir infirmière. Elle a convaincu mes Supérieures que je servirais mieux la communauté en étant infirmière.

Au cours de ma vie, au moment ou j'avais besoin d'une personne ompréhensive, empathique, chaleureuse, je trouvais cette personne à coté de moi, et souvent c'était une religieuse. J'ai perdu ma mère à quatre ans. Mon père était convaincu que c'était les religieuses qui pouvaient le mieux éduquer ses trois filles. J'ai donc été pensionnaire pendant dix ans chez des religieuses. J'y ai vécu des années de bonheur. Malheureusement, lors de mes 14 ans mon père se remarie et ma belle-mère m'oblige à aller travailler à l'Hopital d'Youville de Noranda au lieu de continuer mes études. Là aussi une religieuse me sort de mon emploi de femme de ménage pour me donner un emploi plus valorisant de technicienne en laboratoire. Ces religieuses ont sans doute influencé ma décision d'entrer en religion en 1951.

En septembre 1966, je me retrouve donc étudiante à l'Université d'Ottawa tout en demeurant au Couvent, de la rue Rideau. Ces quatre années d'études furent des années décisives dans ma vie.
De 1960 à 1970 le Québec et l’Église connurent de grands bouleversements : la Révolution tranquille et le concile de Vatican 2.
J'ai eu la chance de vivre dans un milieu d'avant-garde avec, entre autres,
sept compagnes avec qui je participais chaque semaine à des échanges sur notre vécu dans ce monde de changements. Notre animatrice était une compagne professeur de théologie à l'Université St-Paul d'Ottawa et notre aumônier était directeur du Centre Novalis à Ottawa. De plus, à l'Université j'entendais les commentaires et les critiques de mes compagnes d'étude laïques sur l'Église et les communautés religieuses. La réalité nous ``pétait`` dans la figure. Impossible de faire l'autruche. Les railleries nous forçaient à prendre conscience de la réalité. Nous sentions l'agressivité monter envers les religieuses et l'Église.

Progressivement , nous en sommes venues à la certitude ``qu'il valait mieux opter pour la vie que pour la mort``, parce que nous croyions que notre communauté se dirigeait vers une mort lente.

Mais avant de prendre la grande décision, nous avons décidé d'aller aux sources. Nous avons donc demandé au Conseil Général de la communauté de nous recevoir pour discuter de la situation actuelle. Le Conseil nous a reçues et écoutées mais avec méfiance. Par la suite nous avons été considérées comme des ``rebelles`` qu'il fallait séparer les unes des autres. Moi, ayant terminé mes quatre années d'études, je fus envoyée ``en prison`` à la Maison Provinciale pour avoir soin des religieuses âgées.

Comme je demeurais convaincue alors que la meilleure décision était de quitter la communauté, je demandai une exclaustration, c'est-à-dire que j'allais vivre pour un temps dans une autre communauté religieuse. Ce que j'ai obtenu immédiatement. Les Soeurs Ste-Croix de Hull m'ont accueillie chaleureusement. J'y ai vécu trois mois pendant que je travaillais comme infirmière chef d'équipe à l'Hôpital Pierre Janet de Hull. Ma conviction étant toujours la même, je demandai d'être relevée de mes voeux, ce que j'ai obtenu sans difficulté. Mes sept compagnes du couvent de la rue Rideau firent de même.

Pendant ces années de grands bouleversements dans ma vie personnelle et communautaire, la société Québécoise vivait la Révolution tranquille. Pour essayer de mieux comprendre cette révolution ainsi que son influence sur les communautés religieuses féminines, faisons un brin d'histoire.

``Au milieu du 19e siècle le Québec sort d'une période sombre. La défaite des Patriotes et la proclamation de l'Union du Haut et du Bas-Canada
entraînent un affaiblissement de l'élite politique de la société canadienne -francaise. Ces événements ont des conséquences sur la vie des femmes. La plus importante est sans doute la cléricalisation de la société Québécoise qui s'installe dans la foulée de ces événements et qui amène avec elle un encadrement de la vie des femmes, parfois jusque dans leur intimité. En revanche, en prenant en charge le champ de l'enseignement et des services sociaux , l'Église catholique favorise la fondation et le développement de nombreuses communautés religieuses féminines qui permettront non seulement d'offrir toute une gamme de services à la population, mais qui offriront aussi l'occasion à des femmes de mettre en valeur leurs talents et d'apporter une immense contribution à la société Québécoise.``
(Oeuvres de femmes 1860-1961,Lucie Desrochers, les Publications du Quebec, 2003,Préface page X.)

650 femmes portent le voile au Québec en 1850, tandis qu'en 1960 elles sont 35,073. Cette période est l'âge d'or des communautés religieuses féminines au Québec. La Révolution tranquille a sabré dans la cléricalisation de la société Québécoise. Les communautés religieuses féminines pensaient que la Révolution tranquille se ferait avec elles. Au contraire elle s'est faite sans elles. Partout, elles sont évincées des postes de commande .

Pourquoi les religieuses ont elles été évincées par le Gouvernement du Québec des postes de commande lors de la Révolution tranquille ? Est-ce bien que le Gouvernement du Québec voulait tourner la page à la cléricalisation de la société Québécoise qui a commencé à se faire au milieu du 19e siècle ?

1850 a 1960 : la société québécoise a vécu un siècle de cléricalisation. Étant donné que cette cléricalisation a commencé à cause de la faiblesse des politiciens du temps, faut-il s'étonner qu'en 1960, temps où le Québec avait des politiciens chevronnés, que ces politiciens veuillent mettre fin à cette cléricalisation ?

Est-ce que l'Église catholique a pris une bonne décision en comblant ce vide politique ? A la Révolution tranquille un grand nombre de religieuses se sont retrouvées à 40 ans au plus à refaire leur vie comme laïque dans la société, parce que l'avenir des communautés religieuses ne correspondait plus à leurs aspirations.

Est-ce que la population québécoise aurait reçu une aussi bonne éducation, d'aussi bons soins aux malades et une aide aussi précieuse aux démunis de notre société, si l'Église catholique n'avait pas comblé ce vide politique ?
Monique Picard